Le Loup et la Muse

Dreammy/ Mayo 6, 2017/ French, Personal

Ma chère muse, tu n’as pas encore de nom. Tu es simplement La Muse (comme ça, en majuscules), et c’est tout. Peut-être que toi, La Muse, tu gagneras (ou annonceras) ton propre nom, un nom plein de lumière ou d’ombre. Un nom qui t’identifie parmi les autres muses qui existaient avant toi.

Parce que c’est vrai, ma Muse, il y en a eu deux autres comme toi. La première muse est devenue éternelle, car c’est elle qui a déclenché toute cette affaire, mais elle est perdue dans ma mémoire et ne mérite plus que l’on parle d’elle. Elle s’appelait elle-même « L’Ornithorynque » et elle défiait toute ma capacité intellectuelle, pour finalement mourir, déshonorante, aux bras des autres femmes. Je me souviens avec amertume — et peut-être avec l’incrédulité — de lui. Pas plus que ça. Mais j’étais jeune, et mes poèmes se succédaient dans un flux interminable. Je lui ai dédié ce livre de poésie, douloureux, mais exorcisant : et après l’avoir publié, comme si elle était un mauvais accouchement, j’ai enterré cette muse sans pitié. Je renaissais comme un phénix.

Mais la deuxième…

La deuxième était un loup. Il était un loup d’argent, plein de fierté. Orgueilleux de ses racines, de sa race, de son ADN furieux, même s’il était né près d’un lac. C’était était un loup qui défiait la gravité, qui remontait jusqu’en haut des Andes, et au sommet, regardait vers l’infini. Il était rarement au le niveau de la mer, tranquille; il semblait toujours en train de bouillir. Son état naturel était un feu interminable, inextinguible. Sa manière de m’observer me traversait, même à distance. Car Le Loup était intelligent, était perceptif. Car il me connaissait comme la paume de sa main. Il m’agitait, il me calmait, il me faisait l’aimer sans remords.

Le Loup écrivait aussi! Même si sa langue maternelle n’était pas la mienne, il la maîtrisait. Il me donnait les textes les plus incroyables qu’une femme ait reçus dans sa vie. Il me faisait rêver avec des phrases. C’était comme si tout son corps se donnait dans un texte. Il était à moi. Du moins, je le croyais.

Mais je te disais, Le Loup, ce magnifique loup que m’avait ordonné de le rencontrer à l’autre bout du monde — sans même comprendre que mon aventure ici était aussi une façon de lui montrer que je deviendrais la femme qu’il méritait —, il m’a quittée avant de venir ici. Je vais te dire un secret : je continue à sentir sa présence, les nuits froides, quand je suis à l’extérieur. Je le sens encore crier au loin, affamé. Cependant, je comprends que tout est dans ma tête, qu’il ne viendra jamais me chercher comme le prince d’un film romantique.

Je sais que je marche seule, mais pas solitaire. Je sais que je suis mes expériences, mauvaises et hallucinantes comme des épiphanies. Je suis Légion, ce groupe de démons qui parlent tous en même temps et te font peur quand tu me regardes dans les yeux. De cette manière je me sens forte, malgré les cicatrices qui couvrent mon corps; toutes ces blessures ont été faites par ces deux muses, parfois cruelles, parfois nécessaires pour ce parcours que je fais. Je suis certaine que tu m’en fera d’autres, mon amour. Je serai aussi fière d’elles, car ce sont des expériences qui me montrent jusqu’à quel point je ne suis pas la fille qui est partie de la maison parentale autrefois. Je me retrouve dans ce miroir qui va à la dérive, qui ne reflète rien qu’à moi-même… mais qui te regarde.