Finale

Musa, je ne pouvais pas dormir. Après notre incident au milieu de la station centrale du métro cette nuit-là, je me sentais vraiment idiote. Je me suis aperçu que tous mes efforts pour rester neutre avec toi avaient échoué misérablement et que maintenant j’étais de toute évidence, amoureuse de toi. Exactement ce que je voulais éviter coûte que coûte.

Tu étais assez mal à l’aise car je t’avais laissé seul sans finir ton affaire. Tu avais perdu une occasion de remplir ton carnet et ça te laissait maladroit. On a essayé d’être courtois et de rester amis, mais c’était certain que tu n’avais pas d’intérêt à côtoyer quelqu’un qui faisait tout l’effort pour cacher son intérêt pour toi et qui, en plus, avait reculé assez désastreusement. Quelle sorte d’idiote ferait une chose comme ça? Quelle sorte de femme perdrait l’occasion de passer un bon moment avec toi, Superman?

Moi, je ne savais comment guérir mon cœur (et mon amour propre) en attendant tes efforts inexistants. On a mis de la distance, même virtuelle, et ce symptôme d’abstinence me désespérait.

J’avais besoin de boucler la boucle, pour moi… et peut-être pour toi. Je ne pouvais être sans toi et en même temps, je m’enfermais en t’attendant. Je m’étais aperçue de l’urgence de cet effort la dernière fois que je t’avais rencontré avec nos amis : je tremblais en ta seule présence. C’était une sensation de faiblesse inattendue et épouvantable. Je devais arrêter de l’éprouver. J’avais besoin d’une guérison extrême, d’une amputation.

J’ai cherché comment le faire. Peut-être un acte exagéré de ma part, pour sortir théâtralement de ta vie et revenir à mes sens? J’ai choisi ça: te reprocher de ne pas être pas là quand je te le demandais, comme si j’étais ta blonde. Malade, non? Génial!

Hé ben oui, ça a bien marché. J’ai eu le dernier mot, comme toujours. Je l’ai fait pour te faire sentir soulagé de ne pas avoir eu plus de moi qu’un baiser, et te faire croire de toute évidence que je suis une folle dangereuse. Plutôt que tu comprennes vraiment que la fille qui t’a écrit tous ces billets de blogue n’arrête pas de rêver à toi, et probablement ne cessera jamais de le faire.

Et je l’ai fait… je t’ai laissé partir, même avec un nom, choisi pour toi, Musa.

On garde l’amour pour une occasion spéciale

Nous nous sommes rencontrés. Je t’ai aperçu dans la multitude, mais j’étais trop timide pour t’annoncer que je venais d’arriver. Je me demandais quand j’aurais l’occasion d’avoir un moment tranquille avec toi, au milieu de la folie des gens qui parlaient, de la musique étourdissante, du tintement des verres pleins et des visages anxieux des amoureux. Ça s’est finalement passé plus tard dans la soirée. C’était bref, simple. Tu me racontais ta vie et tu me demandais aussi de te raconter la mienne. Je t’avais presque tout dit, mais j’ai caché que ce que je sentais pour toi. J’avais écouté attentivement quand tu parlais et j’avais compris ce que tu es, à l’endroit où tu vas. Je t’ai encouragé à trouver ta motivation, ta raison d’être ici. Une raison assez forte pour ne pas tout laisser tomber, malgré le mal du pays et les souvenirs d’un amour qui n’a pas fonctionné. On s’est dit des plaisanteries pour bien finir la conversation. Le café où nous étions fermait. On devrait y retourner chacun chez soi. On a marché rapidement jusqu’au métro.

J’étais tranquille, j’étais en paix. Apparemment.

Mais quelque chose s’est passé avant de se dire au revoir…

Je t’ai embrassé!

ZUT.

Je ne sais pas quelle force s’est emparée de mon corps et lui a fait faire cela! C’était comme si mon cerveau s’était éteint et que je fonctionnais avec le souffle de vie de mon corps pendant ce moment complètement étrange. Et pire, ça m’a fait prier les dieux pour que le temps s’arrête! Au milieu de la station centrale! On aurait dit une scène d’un film classique: deux personnes empêtrées dans un baiser qui ne finissait pas. Et je suis priée que le temps s’arrête seulement pour cette situation inattendue de ta part. Or pour moi, c’était inévitable car je ne pourrais pas continuer à vivre dans cette galaxie sans connaître la saveur de tes lèvres, sans sentir la douce odeur de ton cou. Je devrais revenir à la vie avec la chaleur de ton corps! J’ai pris le courage de découvrir tout ça, malgré mon horrible timidité. Je me suis lancée sans parachute, de façon desespérée sur toi.

Tu étais vraiment surpris… mais tu n’as rien fait pour arrêter ça. Tu m’as demandé si ce baiser était amical. Non. Il ne l’était pas, ma Muse. L’amour qui s’y cachait, timide, déguisé en passion. Et je n’ai pas le courage de dire à mon coeur qui doit laisser tomber. Donc, on garde l’amour tranquille dans ma poche, pendant que j’écris ces chroniques et on les démêlera dans une occasion spéciale, mais pas à toi, c’est certain. Calme-toi, Muse. Pour toi c’était simplement un bisou. Pour moi, c’était la fin du monde, mais je suis encore vivante.

Je suis encore… en vie.

Calme-toi. Je trouverai la façon de te débarrasser de moi. Je te le promets.

Bleu

Tes yeux me transpercent, Musa. J’essaie de ne pas les rencontrer. Je parle du climat, de la difficulté des immigrants à s’adapter, de mes plans pour la fin de semaine avec mes amis, du film qu’on va regarder demain, du climat encore une fois…

Je remarque tes ongles rongés, tes mains crispées pendant nos conversations de groupe et tes doigts qui arrachent les objets avec anxiété, et je voyage en silence dans le plus profond de ma tête, pour te fabuler. Mais souvent je me distrais et j’atterris encore une fois dans tes yeux apparemment translucides, mais qui ne me révèlent rien, sauf une étrange et visible peur de me questionner sur ce que tu veux vraiment connaître. Bien sûr, muse, j’ai aussi peur de te réponde car je ne sais pas mentir. Je sais seulement changer la conversation, clore les sujets, te demander de me raconter ta vie et ainsi te faire oublier l’intérêt à savoir si je t’attendais. Je maîtrise l’art de t’éviter.

C’est une tâche stressante, tu comprends. Je prends tout l’effort de penser que ça va fonctionner, que je vais finalement t’oublier, qu’il y a autres problèmes vraiment plus urgents à résoudre que toi. Donc, je fais de mon mieux pour être indifférente, mais quand tu me parles, ou me touches par accident, je me sens mourir. J’ai du mal à cacher que tu as le pouvoir sur moi. C’est décourageant.

Peut-être que la chance sera avec moi et que je pourrai me débarrasser de ce sentiment plus rapidement que ces textes; que je finirai de les écrire et que tu seras un souvenir de l’hiver froid de cette ville pleine des gens qui ne veulent plus être seuls.

Ce cauchemar

Ma chère Muse, je me suis réveillée en sursaut à l’aube, avec le cœur dans la gorge. J’avais rêvé avec toi. Pas exactement ça. Sans toi.

Dans mon rêve, je me souviens d’avoir regardé mes messages sur mon téléphone cellulaire et je n’étais pas capable de trouver ton numéro, même ton contact. Je le cherchais frénétiquement pour une raison inattendue, et je désespérais. Tu n’étais pas là.

Je me sentais tellement perdue. Je pensais que tu me détestais, que tu ne me parlerais plus jamais comme d’habitude, pour ne rien dire, que tu n’attendais pas mes réponses avec sarcasme. Que tu n’aurais pas le moindre intérêt de savoir si notre groupe commun d’amis avait quelque chose à faire en fin de semaine.

Car ça y est le truc avec toi: tu apparais et disparais à ton gré. Cependant, j’essaie de faire ma vie normalement, si c’est possible après t’avoir rencontré. Car tu as bouleversé mes plans de tranquillité, d’ordre et progrès. C’est grave.

Donc, au lieu de t’envoyer un message pour savoir si tu es encore là et me vendre complètement comme une folle, j’ai ouvert mon cahier mauve et j’ai écrit de la poésie. C’était extraordinaire, ma muse! Je ne le faisais plus depuis que je suis venue ici, dans enfer blanc. Le Loup était resté même avec cette partie de moi, et je ne savais pas comment la récupérer.

Mais toi, ton absence m’a apporté ça. Une incroyable poésie en anglais que tu jamais ne liras.

Le Loup et la Muse

Ma chère muse, tu n’as pas encore de nom. Tu es simplement La Muse (comme ça, en majuscules), et c’est tout. Peut-être que toi, La Muse, tu gagneras (ou annonceras) ton propre nom, un nom plein de lumière ou d’ombre. Un nom qui t’identifie parmi les autres muses qui existaient avant toi.

Parce que c’est vrai, ma Muse, il y en a eu deux autres comme toi. La première muse est devenue éternelle, car c’est elle qui a déclenché toute cette affaire, mais elle est perdue dans ma mémoire et ne mérite plus que l’on parle d’elle. Elle s’appelait elle-même « L’Ornithorynque » et elle défiait toute ma capacité intellectuelle, pour finalement mourir, déshonorante, aux bras des autres femmes. Je me souviens avec amertume — et peut-être avec l’incrédulité — de lui. Pas plus que ça. Mais j’étais jeune, et mes poèmes se succédaient dans un flux interminable. Je lui ai dédié ce livre de poésie, douloureux, mais exorcisant : et après l’avoir publié, comme si elle était un mauvais accouchement, j’ai enterré cette muse sans pitié. Je renaissais comme un phénix.

Mais la deuxième…

La deuxième était un loup. Il était un loup d’argent, plein de fierté. Orgueilleux de ses racines, de sa race, de son ADN furieux, même s’il était né près d’un lac. C’était était un loup qui défiait la gravité, qui remontait jusqu’en haut des Andes, et au sommet, regardait vers l’infini. Il était rarement au le niveau de la mer, tranquille; il semblait toujours en train de bouillir. Son état naturel était un feu interminable, inextinguible. Sa manière de m’observer me traversait, même à distance. Car Le Loup était intelligent, était perceptif. Car il me connaissait comme la paume de sa main. Il m’agitait, il me calmait, il me faisait l’aimer sans remords.

Le Loup écrivait aussi! Même si sa langue maternelle n’était pas la mienne, il la maîtrisait. Il me donnait les textes les plus incroyables qu’une femme ait reçus dans sa vie. Il me faisait rêver avec des phrases. C’était comme si tout son corps se donnait dans un texte. Il était à moi. Du moins, je le croyais.

Mais je te disais, Le Loup, ce magnifique loup que m’avait ordonné de le rencontrer à l’autre bout du monde — sans même comprendre que mon aventure ici était aussi une façon de lui montrer que je deviendrais la femme qu’il méritait —, il m’a quittée avant de venir ici. Je vais te dire un secret : je continue à sentir sa présence, les nuits froides, quand je suis à l’extérieur. Je le sens encore crier au loin, affamé. Cependant, je comprends que tout est dans ma tête, qu’il ne viendra jamais me chercher comme le prince d’un film romantique.

Je sais que je marche seule, mais pas solitaire. Je sais que je suis mes expériences, mauvaises et hallucinantes comme des épiphanies. Je suis Légion, ce groupe de démons qui parlent tous en même temps et te font peur quand tu me regardes dans les yeux. De cette manière je me sens forte, malgré les cicatrices qui couvrent mon corps; toutes ces blessures ont été faites par ces deux muses, parfois cruelles, parfois nécessaires pour ce parcours que je fais. Je suis certaine que tu m’en fera d’autres, mon amour. Je serai aussi fière d’elles, car ce sont des expériences qui me montrent jusqu’à quel point je ne suis pas la fille qui est partie de la maison parentale autrefois. Je me retrouve dans ce miroir qui va à la dérive, qui ne reflète rien qu’à moi-même… mais qui te regarde.

La Muse est apparue

Muse

Hélas. J’ai eu une semaine à oublier. J’ai mal dormi trois jours sur cinq, j’ai reçu de mauvaises nouvelles professionnelles et je n’ai pas perdu de poids malgré ma diète stricte. Je me suis senti vieillir chaque jour. Je me suis sentie tellement seule, inquiète, défectueuse. Tellement découragée.

Cependant, La Muse est apparue.

Je le nomme « La Muse », car c’est à lui que j’écris maintenant, dans mes trois langues, tu sais. Je suis certaine qu’il ne me lit pas, très occupé à ses affaires, très concentré sur lui même. Mais telles choses me contentent, car il découvrira tous ces textes trop tard, si j’ai de la bonne chance. Donc, j’écrirai plusieurs chroniques qu’il ne connaîtra jamais, et dont bien sûr que vous profiterez à lire. Je sais que vous n’aurez aucune façon de l’en aviser, que ce casse-tête est fait pour me cacher et lui cacher que je l’observe toujours, comme une vraie “stalker” et que ça me plaît beaucoup. Je vais lui faire croire qu’il ne m’intéresse plus, que je suis dans ma bulle. Mais je le regarde, avec le coeur au bout des doigts , lorsqu’il se consacre à la chasse d’autres femmes plus disponibles (plus jeunes et intéressantes) que moi.

Ma Muse.

Ben oui, je vais lui écrire. Je lui raconterai toute ma vie, tout ce parcours qui m’a conduit jusqu’à ce moment parfait où j’admets que je suis la pire amoureuse du système solaire et que je n’ai que mes textes pour m’exprimer. Ces sont les uniques espaces de (i) réalité dans lesquels j’habite. Avec lui. Avec mes paroles qui fleurissent, comme d’habitude, pendant tout le temps que j’entends leurs conversations qui ne sont pas pour moi. Je ferai tout ça au lieu de devenir folle pour lui, au lieu de perdre ma cohérence, mon sang-froid, quand je le parle. Au lieu de tout lui dire, tout ce que je veux lui déclarer, fiévreuse. Au lieu de lui dire en face ce qu’il ne pourrait jamais croire…

En échange de tout ça, le silence, les banalités, l’indifférence. Je suis devenue une comédienne compétente, et maintenant (et pourtant), j’ai une muse… et je le remercie de son existence.

Le défi d’écrire dans une autre langue

C'est certain, on va se lire.
C’est certain, on va se lire.

Voilà!

On va commencer le 2017 un peu tard, mais avec un texte écrit entièrement en français. Qu’est-ce que ça veut dire? Voici un texte qui n’est pas traduit, qui a été spécialement créé et pensé en français. Ce n’est pas facile pour moi, car le français est une langue que j’apprends depuis 2009 et c’est plus un défi quotidien qu’un apprentissage. C’est le défi de penser et de participer à une culture qui m’était encore inconnue huit ans auparavant.

L’idée n’est pas seulement de publier un billet de blogue en français pour que les gens puissent s’apercevoir que je suis — effectivement — capable de rédiger et exposer mes idées en français aussi. C’est aussi une déclaration sérieuse au sujet de mon rêve : être capable d’écrire des textes créatifs, d’exprimer mes pensées dans des langues qui ne sont pas ma langue maternelle (j’ai déjà commencé avec l’anglais et vous pouvez le lire ici). C’est quelque chose, je dois le dire, car il s’agit de « traduire » mon cerveau directement dans une autre langue. Au lieu d’écrire en espagnol, langue maternelle que je maîtrise (j’ai publié un livre de poésie et j’écrivais pour un journal dans mon pays d’origine, donc je sais de quoi je parle), je veux essayer de vous « livrer la marchandise » tout de suite, ici. Comme ça.

Et c’est que je veux affirmer : écrire dans une autre langue est un défi majeur. Il faut s’en éprendre, puis travailler fortement pour être capable de raconter des histoires et aimer faire découvrir des cultures lointaines aux gens, leur faire connaître d’autres réalités. Ces autres mondes qui pourraient habiter le cerveau de l’écrivain (moi) au-delà les frontières de la francophonie. Écrire dans une langue qu’on vient d’apprendre, c’est offrir le cadeau de voyager avec un texte, avec une poésie. Un vrai travail d’illusionniste réalisé par l’auteur, qui observe ce monde d’une façon différente.

En fait, c’est le cadeau. Ceci. On se parle, mais bien sûr, on va se lire.

Exorcismes

exorcismes

On arrive aux endroits, on prend des choses, on connait des gens. On investit du temps avec eux, on les caresse, on reste en tout temps dans ces mêmes endroits. Il y a des situations attachées à eux, qui sont comme l’encre indélébile, et puis celles qui nous tourmentent si nous y revenons, mais sans eux. Il y a des situations qui peuvent être inévitables comme les adieux surprenants, car ce sont des produits d’une remarquable incompatibilité provenant des réalités dans lesquelles nous ne sommes que des circonstances de quelque chose de plus important.

Avant tout, pour moi, m’intéressent des endroits où se sont passées mes histoires. Si c’étaient des épisodes malheureux, ils me torturent, comme des cicatrices qui ne guérissent jamais. À tout le moins, ils le faisaient jusqu’au jour où j’ai pensé que si je persistais à les visiter, Lima deviendrait petite pour moi. Alors, j’ai décidé de revenir dans tous ces endroits -quelquefois le lendemain- pour faire comme un acte d’exorcisme, pour que ceux-ci s’imprègnent des vœux de bonheur.

Je suis revenue, une, deux, trois fois là-bas. Le parc, le café, le quartier… toutes les fois que l’occasion s’y prêtait. Je l’ai fait sadiquement, en commençant, et je laissai des tranches de mon âme dans ce processus cruel et apparemment stupide. Ensuite, je le faisais parce que je me sentais puissante; et finalement, je suis devenue reconnaissante de cela. Lima s’est convertie en un sanctuaire, en une maison avec de joyeux souvenirs dans ces rues chaotiques, et tout s’est fait avant que l’avion qui m’a pris ici, au nord, ait décollé. Je n’ai pas changé l’idée de revenir aux endroits pour les imprégner de bons souvenirs. Cela fait partie de l’instinct viscéral de survie, surtout parce que ces idées se sont collées aux entrailles, mais c’est aussi une question de belle thérapie, d’heureuse adaptation aux changements, d’ultra optimiste de l’être. Dorénavant, je vais avec une sourire aux lèvres dans cette ville qui m’accueille et je me dis, pleine d’espoir : « je vais retourner à toi, Lima, une fois que j’aurai réussi, pour te remplir de lumière » Amén.

Version originale: Exorcismos

Des merveilleuses premières fois

premiersfois

J’ai une obsession avec les débuts, depuis que je suis petite. Je me souviens de ma première journée à l’école, la première écriture sur la feuille blanche. J’étais toujours surprise par la première page des cahiers, les premiers crayons à tailler. J’aimais le premier bouton de mon uniforme d’école. J’adorais l’odeur des nouveaux livres, avec l’encre presque fraiche sous mes doigts. J’aimais enlever les sceaux de mes articles scolaires, les examiner, les explorer. J’ai une obsession pour la première gorgée de vin qui surprend les sens, la première bouchée qui explose dans ma bouche. Je fais des cercles, en faisant des acrobaties, avant d’entrer en scène…

J’adore les premiers contacts yeux-à-yeux, radiographiques, quand on essaie de se parler, de s’approcher furtivement. J’adore les premiers baisers, cette première exploration géographique du corps de l’autre, les premiers sourires. Je rêve toujours, enchantée par les premières paroles d’amour, les premiers soupirs oppressés, très personnels. Les premières chimères, les premiers regards rationnels, les premiers frissons surprenants qui s’amusent dans notre propre cerveau m’attirent .

Je suis excitée de savoir qu’il y aura toujours des débuts. Ce sont des exorcismes aux fins inévitables; ils sont une sorte de spirale éternelle où aucune chose ne se répète et continue simplement à croître et à se transformer. Parce que, finalement (et voici la contradiction à tout que je viens de dire), je suis très fatiguée d’interroger le destin, mais je veux le vivre et vous le raconter, comme si c’était un match de soccer. C’est comme cela que j’attends, dans la tranquillité . Alors, quand quelque chose m’arrive, c’est toujours une heureuse nouveauté pour moi. Donc, vous devez savoir que mon grand amour est la feuille vierge, celle que je remplis aujourd’hui pour que vous me lisiez, dans un acte d’innocente obscénité. Et voici que tout cela commence, encore une fois. Bienvenue.

Source: Journal La República – Pérou (espagnol)

Publiée le 1 septembre 2013

Fou

mandarina

Vie agité.

Mon professeur d’italien dit que je suis un cas clinique: je ne me souviens de rien en classe, mais mes résultats sont bons. Ma professeur de français me jette dans le cordes, comme un combattant de la lute et elle me montre que mon instincte est bon, mais ma mémoire est fatal. Le professeur de conception de sites Web me regarde avec désapprobation quand je le demande de prendre en compte mes obligations contractuelles et de me laisser moins de devoirs. Le professeur de 3D est étonné de me trouver dans le laboratoire, a l’heure pile; Il se demande si je dors á la porte d’entrée de la classe. Moi même Je me demande la même question. Une couple d’amis sont en train de jeter l’éponge, parce que ils ne peuvent pas trouver assez de temps pour me voir et sortir ensemble. Sans compter sur, mon propre boulot, qu’a déjà son propre charge de stress; on dit que là il y a un problème qu’on ne pourra pas resoudre rapidement. Calme et sang froid.

De façon interne -et déjà externe, parce que je le fais public- j’ai l’habitude de regretter un peu que certaines choses je dois le faire moi même, pour moi même. Non, je ne parle pas de ces activités très simples que certains femmes ne peuvent pas concevoir sans compagnie -aller au cinéma, par exemple- mais de celles qui peuvent avoir besoin de plus de courage et qui m’arrivent assez souvent. Même s’il existe une personne pour m’accompagner, je sais que je dois le faire toute seule ou c’est qui est pire, á cause de mon caractère qui est maîtrisés par mes gènes, je dois pousser quelqu’un d’autre pour le faire. Non, n’est pas un bon affaire en tout cas. Tout d’abord, c’est mon affaire, et au diable.

Je fais résistance á mes gènes et á milliard d’anées d’evolution, pour jouer le rôle de demoiselle en situation d’urgence, avec mouchoir á l’air et tout ce qui va avec. En tout cas Je ne peux pas. Zute. ma conscience me fais du mal et la connaissance anterieure de mon propre ego, satisfait, par to boldly go where no one has gone before et un long etc. Je me résiste á demander de l’aide, á lever ma main et á dire “excusez-moi, vous pouvez répéter, s’il vous plaît?” Je me résiste- mais je ne gagne jamais- á l’assaut du syndrome d’abstinence qui causes certains absences, qui peut-être n’y était jamais. Je me résiste et je me fais de piqûres, scorpion, avec ma propre queue. Je tourne au rond et je m’élève, je le sais. Où est-ce qu’on va nous, les fous? Desolée, Esther Vilar, mais tu as raison, et tu te trompes. Les feminazis aussi. Je voudrais être une femme libérée, très libérée, très salope telles que les jeunes filles d’aujourd’hui. Mais malheureusement je ne peux pas, c’est plus fort que moi, mon dieu. Mon cerveau travaille mieux pour raisonner que pour se souvenir des conjugaisons en française et des articles en italien. J’aimerais beaucoup des câlins. Ça c’est un grand problème.

C’est ainsi comme je veux raconter á mes 4 chats que lisent mes articles (c’étaient 3 avant) et leur dire que comme d’habitude, je voudrais parler d’autre chose. Prendre la parole sur des questions d’actualité, jouer le rôle d’une pamphlétaire, être authentique et débordée (des choses á dire). En plus, me plaindre, cracher sur des gens qui croient tout savoir -dont le connaissance de tout me casses les pieds- qui me regardent comme une personne sectaire, raciste, simple ou pleurnichante, parce que je regarde tout d’un autre point de vue et aussi, j’en parle. Too complicated. A qui est-ce que ça peut importer.

Comme d’habitude, la question c’est que je veux continue á vivre dans le présent, le plus longtemps possible. Je n’ai plus de temps pour dire plus que cela. Cet affaire me fatigue énormément, dans tout les sens. L’affaire ici c’est que je veux être embrassé, entendre cette parole, regarder cet sourire. Je voudrais plus des frites, un boisson glassée, peut être toute une série des mes chansons favorites dans la radio et un week-end ou j’ai le temps pour peintre et écrire des poésies sans arrêter, en regardant mes orteils très heureux, qui bougent avec le son de la musique. Je voudrais le silence avec son compagnie. Avec lui, sans variation. Maudit printemps.

Publié le 18 décembre 2010